La grande muraille de Chine, ça représente quelque chose d'assez incroyable pour beaucoup d'entre nous.

En ce qui me concerne, je l'ai vue des dizaines de fois, si ce n'est plus, en photo ou vidéo, que ce soit sur des cartes postales, des posters, des magazines, dans des documentaires ou même dans mes livres d'histoire à l'école. Autant j'ai depuis toujours été très peu attentive dans cette matière, autant je garde un souvenir net et précis de certaines photos qui figuraient dans ces livres. Après avoir vu de mes propres yeux les hiéroglyphes des pyramides d'Égypte en 2009, il m'était impossible d'imaginer venir en Chine sans faire quelques pas sur ce monument historique.

Vous nous connaissez, on n'allait quand même pas aller au plus près de Pékin, ne faire qu'une demi-heure de bus ou faire un tour organisé par notre hostel, payer une fortune et marcher sur une muraille flambant neuve au milieu de milliers de touristes. Non... Vous nous connaissez, il nous fallait plus d'authenticité et plus d'aventure (enfin ça, c'est surtout pour Loïc, parce que moi, même au bout du monde et si j'y travaille, je reste une vraie flippette digne de ce nom !).
Bref, après moultes recherches effectuées par Loïc, nous décidons d'aller à Gubeikou pour découvrir cette grande muraille si mythique. C'est un tout petit village à 140 km au nord de Pékin où la muraille n'est ni très connue, ni très prisée. Elle n'a pas été rénovée et ne correspond donc pas aux critères de beauté habituels. Nous, on n'est pas comme ça, on aime les carottes à 3 pattes et les tomates remplies d'excroissances alors forcément, on préfère une muraille un peu abîmée mais qui n'a pas été retouchée.

Jeudi 21 juillet, après 3 heures de bus au milieu de locaux qui semblaient se demander ce qu'on fichait là et un accident évité de justesse, nous arrivons à Gubeikou. Nous découvrons un petit village très mignon et rénové (mais pas dénaturé). Il y a des personnes âgées qui jouent à des jeux chinois dont on ne connaît pas le nom, des petits temples, beaucoup de bambou et des lacs remplis de fleurs de lotus. C'est vraiment très agréable, d'autant plus qu'il n'y a que très peu de commerces dans la ville. Nous trouvons très facilement une chambre chez une petite dame pour y passer la nuit.

Vendredi 22 juillet, c'est le grand jour. Nous nous réveillons à 6:45 et après un petit déjeuner à la chinoise ("pain" maison et pâtes aux tomates), nous enfilons nos chaussures, notre sac à dos (avec chacun 3 litres d'eau, 2 pommes et 100g de tofu) et c'est parti.

"L'entrée" n'est vraiment pas habituelle. Aucun portique de sécurité ou autre. Non. Juste une petite dame qui vérifie qu'on a des tickets et nous indique le chemin. Il nous faut alors enjamber un petit muret et continuer sur le petit chemin de terre. Après quelques dizaines de mètres, nous y sommes. Ça y est, nous sommes sur la fameuse muraille de Chine !
Je suis surprise qu'elle soit si haute. Sur la crête des montagnes, il nous faut grimper pour atteindre le haut. Nous avons de la chance, la météo est avec nous. La pluie débutée il y a deux jours s'est arrêtée au petit matin et le soleil ne semble pas trop se montrer. Bon, il fait tout de même déjà bien chaud et surtout bien humide. Le taux d'humidité avoisine les 95 % et je dois dire que mes poumons et mon asthme le ressentent bien, tout comme mes jambes et mes doigts qui se gonflent à cause de la rétention d'eau... En fait, au bout de 5 minutes de marche, nous sommes déjà trempés de sueur. Nous ferions une randonnée dans un hammam qu'on ne le serait sans doute pas plus...

Pendant 2 heures nous marchons ainsi, à flanc de montagne, en essayant de réaliser que les pierres qui accueillent nos pas ont entre 1000 et 800 ans. Le chemin est tantôt large, tantôt escarpé. Il m'arrive même d'avoir un peu peur pour traverser des petites portions, tant le vide m'appelle ; mais je surmonte vite mes craintes, boostée par la vue et la randonnée incroyable que nous sommes en train de faire. Il y a régulièrement des "tours" sur la muraille mais la plupart d'entre elles sont en partie détruites. Ça fait leur charme et nous permet de réaliser qu'il s'est passé pas mal de choses ici. Plus nous avançons, plus la muraille se dessine devant et derrière nous. Une jungle verte et vallonnée est visible de chaque côté de la montagne. Ça nous confirme que nous sommes bien dans un pays humide, ce que j'ignorais complètement avant d'arriver ici... (Quand je disais que je n'étais pas très attentive pendant mes cours d'histoire-géographie, je ne mentais pas...) Le paysage est digne des plus belles cartes postales que j'ai pu admirer depuis que je suis toute petite. C'est même encore plus beau que ce que j'avais imaginé. C'est incroyable !

Après 2 heures de marche, nous atteignons la fin de la portion. Jusque là, nous n'avons croisé qu'un serpent et un couple d’Écossais rencontrés la veille dans le village. Je réalise que c'est une chance inouïe d'être seuls sur la muraille, de pouvoir prendre notre temps, et de ne pas être bousculés par des dizaines de touristes chinois comme sur certains autres sites touristiques.

La fin de cette portion est marquée par "la tour à 24 fenêtres" (enfin ce qu'il en reste) qui signe le début d'une zone militaire que nous ne pouvons franchir.
Ici, deux solutions s'offrent à nous :
  1. Faire demi-tour devant la zone militaire parce qu'après tout, on ne peut pas la franchir et qu'on a marché 2 heures et que c'est déjà bien.
  2. Être des aventuriers et faire un détour à travers la jungle chinoise pour récupérer la muraille après la zone militaire.
Devinez laquelle on a choisi ? La deuxième, et ouais !
Bon, moi j'avais un peu peur de me perdre même si Loïc avait récupéré quelques informations sur internet :
"Prendre le sentier qui se trouve au Nord sur le côté Est du mur puis tourner à droite au champ de maïs".
C'était léger comme indications mais Loïc a rapidement su me convaincre donc nous voilà partis. Nous sommes descendus de la muraille et très rapidement, nous nous sommes enfoncés dans la jungle chinoise. La végétation était si dense que nous distinguions à peine le chemin. Pour se repérer, nous devions suivre des points rouges peints sur des pierres ou des arbres. Mon côté "prudente" (et non "peureuse" !) m'a fait prendre la tête de notre mini-cortège. Ainsi, je pouvais regarder partout pour être sûre de ne pas rater un point rouge et je pouvais surtout aller à mon rythme, à Loïc de me suivre ! Ma démarche était effectivement rapide et il y a plusieurs raisons à cela.
La première, je pourrais aisément l'expliquer par mon besoin de faire du sport. Il ne faut pas oublier que nous allions à la salle 5 à 6 fois par semaine avant de partir de France.
La deuxième raison concerne mon imagination ô combien débordante dans certaines situations. Je m'explique... Les buissons étaient tellement touffus que nous marchions sans voir où nous allions et, en ce qui me concerne, je n'avais aucune visibilité sur ce qui se passait en-dessous de ma poitrine. Il faut dire que dans mon esprit, les mots "forêt", "végétation bien touffue", "humidité", "bruits d'animaux inconnus" mis ensemble sont associés à la pensée suivante : "il y a tout un écosystème qui m'est totalement inconnu et qui ne demande qu'à venir faire la fête sur mon corps".
Pour résumer, je craignais de ressortir de ces buissons remplie d'araignées, de sangsues, de tiques et d'autres bestioles toutes plus répugnantes les unes que les autres.
Ma solution : marcher assez vite pour ne pas y penser.
Figurez-vous que ça marche plutôt bien ! Il faut dire aussi que nous sommes descendus de la muraille, puis nous sommes remontés le long de la montagne, puis nous sommes redescendus une nouvelle fois pour remonter à nouveau, et cætera, et cætera. Nous avons plusieurs fois cru que nous rejoignions la muraille mais il s'agissait à chaque fois de faux espoirs. Nous n'avions aucune idée de la durée de notre détour dans la jungle avant de rejoindre l'autre portion du mur. Nous imaginions que ça durerait une petite trentaine de minutes. Que nenni !

Après 1h30 de randonnée humide et sportive, nous tombons sur un petit endroit totalement improbable : une petite guérite où il nous est possible d'acheter une boisson fraîche. C'était notre petite oasis à nous ! Une pause de 15 minutes et une boisson glacée plus tard, nous revoilà sur pied en espérant rejoindre cette fameuse muraille. Après 20 minutes à remonter le flanc de la montagne, nous voilà à son pied. Il nous faudra encore la longer pendant une dizaine de minutes sur un chemin étroit et vertigineux avant de trouver le moyen de remonter dessus. C'est d'ailleurs sur cette portion que nous croisons le deuxième serpent de l'aventure...

Après deux heures de marche sur la grande muraille non rénovée puis deux heures de trek dans la jungle chinoise pour contourner la zone militaire, nous remontons donc sur la muraille, trempés de sueur, un peu fatigués mais surtout fiers comme des coqs. On l'a fait ! On a réussi !
Peu de personnes vont jusqu'à Gubeikou pour monter sur cette grande muraille et parmi elles, très peu rejoignent les deux portions de muraille. Il faut avoir du temps, de l'énergie et surtout le goût de l'aventure (ou bien un mec picard qui en a suffisamment pour deux !).

Cette deuxième portion de muraille est très différente de la première. Elle est rénovée ! Il faut reconnaître qu'elle est très belle. Les marches sont en bon état et plutôt régulières. Il y a même un rebord qui sécurise le tout et qui ne donne pas du tout l'impression de vertige. Il y a aussi un peu plus de monde même si c'est sans doute rien comparé aux portions les plus proches de Pékin. Nous rencontrons plusieurs personnes qui sont bien étonnées d'apprendre que nous marchons depuis plus de 4 ou 5 heures. Nous passons pour de grands sportifs aux yeux de certains et je dois reconnaître que c'est plutôt valorisant !

Les nuages ont décidé de nous quitter et c'est donc sous un soleil de plomb que nous terminons ce trek. Après la marque de bronzage du débardeur, des claquettes, des chaussettes et du legging, mon corps en a accueilli une nouvelle : la marque du short.
Alors, si vous cherchez une nuance de marron pour refaire vos peintures ou votre carrelage, moyennant finances, je me ferai un plaisir de vous aider en vous envoyant la photo d'une partie de mon corps. Si ca peut nous permettre de rallonger notre voyage de quelques semaines... Après 6 heures de marche, nous décidons de rentrer au bercail.
Là encore, deux solutions s'offrent à nous :
  1. Prendre un taxi qui nous ramène à Gubeikou parce qu'on a marché 6 heures et que c'est déjà bien.
  2. Être des vrais sportifs dignes de ce nom et faire le chemin inverse toujours à pied pour rejoindre Gubeikou.
Devinez laquelle on a choisi ? La deuxième, et ouais !

Noooooon, je plaisante ! Cette fois, on a joué la carte "trente ans passés" qui nous a permis de rentrer en taxi au village. À peine arrivés, une soupe, un suppo et au lit !
Bon, c'était pas tout à fait ça mais ça aurait pu. Ce fut plutot : une bière bien fraîche, une douche, un bon repas et au lit !
C'est donc épuisée mais fiere et heureuse d'avoir enfin pu mettre mes pieds sur ce monument si mythique que je me suis endormie aussi vite qu'une narcoleptique.